Des Tchèques en or
« Rigeur et stabilité financières en principes essentielles pour la survie du DécaStar » affirment Jean-Paul et Nicole Durand lorsqu’ils arrivent aux commandes de l’organisation en 2002. En pleine période de Tchèques dominateurs, il n’est pas aisé de réduire les primes de récompenses même si Roman Sebrle, avec beaucoup d’humour, assurera qu’au lendemain de son titre mondial, cela n’avait rien à voir avec celles d’Asafa Powell, alors recordman du monde du 100 m : « Moi, j’ai l’or autour du cou, lui, au fond des poches… » Retour sur le synthétique Talençais avec quasiment tous les ans, de 1992 à 2006, un décathlonien de Prague sur le podium. D’abord avec Robert Zmelik ( 2° ), champion olympique à Barcelone ( 1992 ) - et porte drapeau de la sélection tchèque - mais payant, un mois plus tard, la frustration de Dan O’Brien ! J’étais le spectateur de son record du monde, avec 650 points de retard. Quasiment l’équivalent d’une épreuve !
Vinrent ensuite les militaires Tomas Dvorak et Roman Sebrle, tous les deux victorieux - entre autres podiums -, deux fois : 1999 et 2000 pour le premier, 2004 et 2005 pour le second. Troisième des JO en 1996, Dvorak enchaîne avec un titre mondial l’année suivante, doublant la mise en 1999, quelques semaines après un record du monde en juillet ( 8994 points ) qui lui permet d’être le troisième décathlonien de l’histoire derrière O’Brien et Thompson. La force est en lui. Puissance physique, audace quand il le faut, contrôle absolu quand surgit le doute, il est alors le maître absolu, avec la retenue qui sied à ces forçants du stade. « Un décathlon ne se construit pas contre les autres mais avec eux » dit-il au lendemain de quatre décathlons victorieux en 1999 - avec les quatre meilleures performances de l’année ( ! ), argumentant son propos avec une anecdote de son record du monde : « J’étais tellement heureux de gagner la coupe d’Europe que j’ai fini le 1500 m en marchant. Une erreur qui me priva des 9000 points. Six points une misère ! Moins d’une seconde dans ce 1500 m ou quatre centimètres en longueur. » Un record qui, pourtant ne changea pas sa vie : « Une poignée de mains du premier ministre à mon retour, un bouquet de fleurs tendue par une dirigeante de la Fédération, Dana Zatopkova, la femme de Zatopek, un grade de sous lieutenant. Mais je n’ai jamais vu la prime de la Fédération internationale ( 60 000 dollars ). Ma récompense, je l’avais eu, plus tôt, en mai pour mon anniversaire quand ma championne d’épouse ( 6,30 m en longueur ) a mis au monde des jumelles. » A Talence, l’ancien nageur, skieur et hurdleur ( 13.66 ) fit aussi tout par deux : 9° en 94 et 95, 2° en 96 et 97, 1° en 99 et 2000 avant de baisser le rideau ( 8° en 2005 et 2006 ).
C’était l’heure de Roman Sebrle, deux ans plus jeune que Dvorak, quatrième pour son premier et son dernier DécaStar ( 1997 et 2007 ), champion du monde à 33 ans en ne prenant la tête qu’après la neuvième épreuve comme lors de son titre olympique ( 2004 ), avec un jet à 71,18 m. Un javelot qui faillit abréger sa carrière quand au coeur de l’hiver, lors d’un stage en Afrique du Sud, un engin vint se planter dans son épaule. Mais il en aurait fallu bien davantage pour déstabiliser ce Terminator des stades, compilant 48 décathlons à plus de 8000 points dont 36 à plus de 8200 et 20 à plus de 8500 ! Et puis surtout, il fut le premier à dépasser les 9 000 points ( 9026 les 26 et 27 mai à Götzis ) avec cinq records personnels dont le 100 m ( 10.64 ), la longueur ( 8,11 m ), la hauteur ( 2,12 m ), le 400 m ( 47.79 ) et le 1500 m. Mais en dépit de plusieurs places d’honneur en Gironde, il dut attendre 2004 pour s’imposer, après une année dans les étoiles : titre mondial en salle, Götzis et les JO. Et c’est à Talence, qu’il vint remporter le challenge mondial ( 2004 et 2005 ), les années de ses victoires. « Dans le décathlon il n’y a pas de hasard, que de l’envie et de la sueur » dit-il.
( A suivre… )