1996 : La tournée du patron
Dixième. 8026 points. Oui, mais pas que cela… Cinquante-septième décathlon depuis le premier, en junior (6051 points en 1981), avec un « authentique record du monde (!), le plus grand nombre de déca’ achevés avec plus de 8000 points, 34 !… » Derniers tours de piste et bravades habituelles pour Christian Plaziat (33 ans) qui tourne aussi la page de la grande et palpitante aventure aux airs d’épopée du DécaStar. « J’en ai été un bon acteur, assure le Lyonnais, enfant du sport avec un père prof’ de gym dans l’armée, une mère triathlète et une soeur coureuse de 400 m et plus tard, actrice… Provocateur, rebelle ? C’est sûr. Cabot ? « Certainement », reconnait-il. Thérapie lors d’un entretien avant ce dernier décathlon talençais. « Tout ce que je dis et fais, parfois jusqu’à l’excès, c’est de l’émotion… En fait, je suis d’une grande timidité et j’essaie de compenser. Parfois, je suis dans l’euphorie absolue et ensuite, je plonge dans une immense détresse. Aujourd’hui, je suis inquiet. Je n’ai pas peur, mais je suis devant la solitude, seul pour le reste de ma vie… Je vais regretter ces lumières et ces ors, ces médailles, ce record du monde en salle de l’heptathlon et ce titre européen du décathlon en 1990. »
« Mais tous mes jeux ont été catastrophiques. En 1988, je suis numéro 1 mondial et je finis 5°, en 1992, j’ai le genou en vrac et je quitte le stade après la hauteur. Et en juillet dernier à Atlanta (1996), je termine 11ᵉ… » Va donc pour enchaîner avec une tournée sobre mais forte. Émouvante Talence est la bonne opportunité avec des moments forts (2,07 m en hauteur et 7,31 m en longueur, 49,54 au 400 m), d’autres, moins heureux dans les lancers… Loin du Biélorusse Eduard Hamalaïnen – vice-champion du monde en 1993, 1995 et 1997 –, et de Dvorak (3ᵉ à Atlanta) pour le podium le plus indécis du DécaStar, 53 points séparant les trois premiers, tandis que surgit Sébastien Levicq (25 ans), 4ᵉ comme au Mondial de Séville, trois ans plus tard. « Impressionnant, s’émerveille Plaziat, j’étais presque un spectateur. Les lumières du jour se sont éteintes, je vais allumer celles de la nuit. »
Plaziat ne sait pas encore qu’il lui faudra attendre 2016 pour qu’il perdre son record de France (8574 points en 1990). Une éternité dans le sport. Preuve que l’athlète était bien d’exception.
(A suivre…)